17 avril 2011

Dualité

Au début de l'humanité, le cerveau primitif n'assimilait qu'une chose et son contraire. C'est pourquoi, pendant des centaines d'années, on a vu, réfléchi et conçu le monde en fonction de la dualité et de l'opposition entre deux entités. Au jour s'opposait la nuit; au blanc, le noir; à la paix, la guerre; à l'homme, la femme; à l'adulte, l'enfant, etc. La religion a beaucoup joué sur cette dualité afin de se rendre accessible à la population tout en l'aliénant, d'une certaine façon. En condamnant tout ce qui n'appartenait pas à ses principes, la religion prenait le pôle du pouvoir en laissant son contraire, la soumission, à ceux qu'elle disait protéger. Ainsi au Bien s'opposait le Mal; à la vie, la mort; à l'amour, la haine; à Dieu, les hommes...
Mais le cerveau humain, repoussant constamment ses facultés, a repoussé également les limites au-delà de la simple dualité du monde pour voir les facettes qui en constitue l'entre-deux. Ce sont ces zones qui ont effrayé les ecclésiatiques pendant longtemps, car leur dogme centenaire ne les nommait pas, n'ayant pas considéré leur existence auparavant, et donc en faisait automatiquement un ennemi.
Avec la chute de la religion et de son carcan intellectuel, la philosophie s'est imposée dans les salons afin d'apporter une certaine lumière sur cette conception duelle du monde (d'où l'appelation du "Siècle des Lumières") en créant de nouvelles problématique à partir d'associations jusque-là ignorées ou en creusant la zone d'ombre entre deux principes. Ainsi sont advenus des questionnements entre le corps en tant que matière agissante et l'esprit en tant que matière pensante; entre le rôle de Dieu et celui de la science pour expliquer certains phénomènes; entre l'expérience des sens et les connaissances inhérentes à la condition humaine pour se faire une idée du monde, etc. Ainsi on a pu voir apparaître, entre le noir et le blanc, du gris; entre l'adulte en l'enfant, l'adolescent; entre l'amour et la haine, l'indifférence; entre l'homme et la femme, les cartes se sont brouillées et les rôles ont été repensés...
Cette façon duelle de penser le monde était certe beaucoup plus simple à ses débuts, mais elle serait impossible à appliquer aujourd'hui. L'humain repousse chaque jour les limites de la conception intellectuelle afin de comprendre et d'expliquer l'univers qui l'entoure. Nos yeux se sont ouverts sur de multiples conceptions. L'éventail d'options qu'offre la philosophie, avec ses nombreuses branches, nous donne l'occasion de réfléchir sur notre propre existence au sein de chacun des micro et macrocosmes dans lesquels nous évoluons. Le couple, la famille, les amis, le travail, la ville, le pays...
Dans mon monde idéal, chacun aurait conçu sa propre vision, sa propre façon de concevoir ce qui l'entoure, et le rôle qu'il a à y jouer. Car chacun se trouve là où il est pour une raison particulière, car il possède un pouvoir qui lui a été attribué afin qu'il accomplisse une mission. Mais trop peu de gens s'arrêtent pour y réfléchir, et les masses gobent ce que la société marchande et commerciale leur véhicule jour après jour. Parce que c'est moins forçant. Parce que c'est réconfortant d'être des milliers dans une médiocrité généralisée. Parce qu'à grand pouvoir incombe grande responsabilité, mais qu'on préfère penser en termes simples et duels afin de s'en sauver. Réfléchir est devenu difficile, c'est une faculté qui est tombée dans l'oubli avec l'apparition de la technologie. Car après Dieu et la religion étaient apparus les penseurs et la philosophie: aujourd'hui ce sont les ordinateurs et les magnats de la presse qui font office de "guides spirituels". Tout un programme!

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