**/11/2008
Interrogation du suspect matriculé N37T1405
Jeune femme début vingtaine, Origine : Pays d’Extrême-Orient, raison de l’arrestation : suspectée de complicité avec des membres de sa famille dans l’affaire de l’attentat porté contre un édifice gouvernemental.
- Voilà jeune fille, nous attendons vos révélations concernant cette affaire d’État.- Je n’ai absolument rien à dire, je ne suis pas impliquée pour une miette dans cette histoire.
- Nous avons des documents prouvant le contraire.
- Des documents?! Et de quelle source viennent-ils? Sont-ils fiables? Avez-vous des preuves tangibles de ce que vous avancez?
- Nos informateurs sont des spécialistes, nous n’avons jamais remis en question leur professionnalisme.
- Eh bien il serait temps, je n’ai rien à faire ici, les coupables courent probablement dehors à l’heure qu’il est. Je peux vous jurer que ni moi ni ma famille n’ait quoi que ce soit à voir avec cet attentat.
- Attention à ce que vous dites mademoiselle, vos déclarations pourraient être retenues contre vous pour faux témoignage! Nous savons que vos frères sont directement liés à cette histoire.
- Si vous en êtes si certains, en quoi vous suis-je utile?
- Vous le savez bien, ne jouez pas les innocentes avec nous.
- Je ne joue pas, je SUIS innocente.
- Vos frères sont toujours en cavale, comme vous le disiez tantôt. Nous avons besoin de vous pour les retrouver, vous êtes la seule membre de votre famille qui soit encore vivant, à part eux, c’est pourquoi nous vous interrogeons.
- Vous croyez que je vous livrerai mes frères, même si j’étais au courant de l’endroit où ils se trouvent en ce moment? Soyez assurés qu’ils me cacheraient avec eux!
- Vous pouvez toujours nous servir d’appât. Votre présence ici est plus utile que vous ne le croyez.
- Vous êtes ignoble.
- J’obéis aux ordres, petite, tout ce que nous faisons est en fonction du bien de notre pays et de la sécurité de ses habitants. Ils nous font confiance pour arrêter la propagation d’actes terroristes comme ceux orchestrés par vos frères.
- Mes frères ne sont pas des terroristes!
- Aux yeux du gouvernement, oui, j’en ai bien peur. Et votre obstination à les protéger pourrait vous coûter cher, c’est pourquoi je vous encourage à travailler avec nous et à révéler tout ce qui est susceptible de nous mener à eux.
- Ce ne sont pas vos menaces qui vont me faire parler, je ne livrerai jamais un membre de ma famille.
- Vous êtes donc si loyaux? Ou est-ce seulement une question d’honneur?
- Je dirais un peu des deux. Ce sont des temps difficiles pour des réfugiés politiques comme nous, alors on se doit de faire face à l’adversité en se serrant les coudes.
- Vous admettez donc que vous approuvez leur geste?
- Bien sûr que non! Sachez que je n’étais nullement au courant de leur plan. Depuis que nous sommes ici, je ne demande pas mieux que de vivre tranquillement. Je ne me suis jamais souciée de leurs affaires et maintenant je me retrouve prisonnière de vos bureaux, bien malgré moi!
- Vous pouvez quand même être accusée de complicité si vous continuez à nous cacher ce que vous savez. Il est de la plus haute importance de retrouver les coupables. La sécurité des gens est en danger et il est de notre devoir de mettre un frein à cette violence!
- Et la sécurité de mon peuple, menacée sans cesse par un gouvernement dictatorial et extrémiste, vous en faites quoi?
- Nous nous sommes mêlés à cette histoire, sans grand succès.
- Votre quête de la justice s’arrête à ce point? Vous ne chercherez pas à pousser davantage pour la liberté des habitants du pays d’où je viens?
- Il importe que nous nous concentrions d’abord sur nos problèmes internes. C’est pourquoi votre collaboration est nécessaire. La justice doit d’abord être rendue aux victimes de cet attentat.
- La justice par la condamnation n’est pas une solution et vous le savez! Vous vous battez pour une justice dictée par des hommes de pouvoir qui n’ont aucunement à cœur les intérêts du peuple!
- Écoutez-moi bien jeune fille! Nous tentons présentement d’éviter une crise, le gouvernement fait tout pour sauver la face aux yeux de ses électeurs. Nous avons besoin de coupables et vite, les gens veulent se sentir en sécurité et nous devons leur donner des visages à détester et sur qui jeter la faute de tout ce trouble! Nous ne pouvons pas nous permettre d’erreurs.
- Des têtes à brandir, c’est tout ce que vous voulez!
- Oui, et si on ne trouve pas vos frères dans les plus brefs délais, c’est vous qui serez jugée et renvoyée dans votre pays.
- Mais…je serai tuée là-bas!
- C’est pourquoi vous devez faire preuve de collaboration, vous constatez maintenant tout l’enjeu qui pèse sur vos déclarations.
- C’est inhumain! Jamais votre peuple ne tolérerait une condamnation aussi injuste! Si on vient à savoir qu’une innocente à été assassinée seulement pour vous servir de bouc émissaire, des manifestations ne tarderaient pas à éclater aux quatre coins du pays pour dénoncer vos pratiques barbares!
- Il sera facile de vous faire passer pour coupable, rassurez-vous. Nous garderons l’ordre et la paix au sein de la population, comme nous avons souvent été capables de le faire par le passé.
- Est-ce que cela ne vous empêche pas de dormir la nuit? De savoir que des innocents sont morts pour empêcher la prolifération d’actes dénonciateurs? Votre justice est dégueulasse!
- Vous n’êtes pas totalement innocente, je tiens à vous le rappeler. Vous nous cachez des faits qui pourraient incriminer les vrais coupables.
- Vous rendez vous compte que pour chaque homme ou femme que vous condamnez pour avoir eu le courage de poser des gestes visant à changer les choses, d’autres se lèveront pour se rallier à leur cause. Vous pouvez tuer les manifestants mais pas les idées!
- Nous avons les moyens de faire taire les éléments indésirables, ceux qui viennent à troubler l’ordre public. Le peuple n’est pas assez fort pour nous faire face.
- Un jour viendra et vous tomberez. Un jour, c’est la justice des hommes qui triomphera, et non celle d’un groupe élitiste et idéaliste qui règne sur son pays par le biais des marionnettes telles que vous!
- Ça suffit! Vous êtes visiblement de ces extrémistes qui cherchent à compromettre le gouvernement. Nous avons assez de preuves pour vous inculper! Et même si vous n’avez pas parlé au sujet de vos frères, ce n’est qu’une question de temps avant que nous les trouvions. Dommage pour vous qui rêviez d’une vie tranquille, on va vous remettre aux autorités de votre pays, ils vous jugeront selon ce qui leur semble juste.
- On me plaindra, on fera de moi une martyre, soyez-en assurés! Vos méthodes causeront votre perte, ça aussi ce n’est qu’une question de temps!
- Emmenez-la, cette rebelle ne nous est plus utile. Remplissez les dossiers nécessaires et qu’elle soit surveillée de près jusqu’à ce qu’elle soit livrée. Ah! Et n’oubliez pas de contacter l’agence de presse, je vais me préparer pour une conférence. Ces journalistes seront ravis de communiquer la bonne nouvelle. Eux aussi sont tellement manipulables.
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