28 juillet 2011

Libération

J'étais sensé travailler jusqu'à ce vendredi. À la place, mon boss m'a texté samedi, pour me demander de l'appeler, ce que j'ai fait."Ouais Martine c'était pour te dire qu'on aurait pas besoin de toi cette semaine finalement, le volume d'appels a déjà diminué beaucoup alors on va s'arranger autrement, bla bla bla..."Dans ma tête, ça a fait: mais, mais, je comptais sur la paye de cette semaine dans mon budget moi! Et puis finalement ça a fait: bande de crétins, c'est pas sensé finir comme ça. Déjà qu'il n'y aurait eu personne au bureau à la fin de la semaine (pour cause de "planification automnale"...alors que je sais pertinemment qu'ils vont tous s'enfermer dans un chalet pendant deux jours pour boire et se féliciter d'être dont géniaux, tellement exceptionnels et dans la gang des winners!!) ça m'aurait déjà plus arrangé de finir mon contrat à cet endroit ainsi, plutôt que de me faire remercier de façon plutôt vache par le pantin du président...Je ne m'attendais même pas à un beau petit déjeuner d'au revoir, comme ça semble être la coutume. De toute façon, je n'entrais tellement pas dans le moule, la façon de penser de cette compagnie, que c'est un soulagement d'en sortir finalement.
Oh! ça n'a pas toujours été comme ça. Au début j'A-DO-RAIS travailler à cet endroit! L'objectif primaire est si noble: aider des étudiants à se bâtir une petite entreprise, à apprendre à gérer des clients, un budget, des travailleurs, un horaire de production, etc... je trouvais le projet super! J'ai côtoyé des jeunes plein de charisme et d'ambition, des futur(e)s hommes et femmes d'affaires encore vierges à la dureté du monde du travail. Ce côté-là de ma job m'enchantait, parce que j'étais là pour les aider, j'ai appris à en connaître plusieurs qui venaient souvent au bureau, je les ai vu évoluer, certains sont venus se confier à moi, j'avais même ma bière hebdomadaire avec quelques-uns.
Mais il y a souvent un côté plus sombre à la médaille, et je n'ai pas tardé à le découvrir. Business is business comme on dit. Je n'étais pas familière avec ce milieu, et je n'avais pas l'intention de l'être fort heureusement, mon domaine se situant loin du brassage d'affaires et de l'obsession des chiffres (surtout ceux du compte de banque!). Mon premier entraîneur de volleyball nous disait souvent: une chaîne n'est jamais plus forte que le plus faible de ses maillons. Ça signifie que si tout le monde travaille en commun pour la réussite, tout le monde va en bénéficier, autant les forts que les plus faibles. Tout le monde à a apporter à chacun, suffit de prendre le temps de considérer les possibilités! Mais pas dans cette boîte apparemment. Les réunions hebdomadaires entre coachs (les mentors des franchisés, ceux qui les aident dans leurs objectifs, ceux qui ont du vécu et qui le communiquent aux rookies) et la direction, je n'y ai jamais assisté mais j'entendais souvent ce qui s'y disait. Ça parlait de chiffres la grosse majorité du temps. Battre des records de ventes à l'aide des chiffres, augmenter sans cesse les estimations donc le nombre de contrats signés, augmenter la productivité donc l'entrée d'argent...comment aider ceux qui signent déjà beaucoup? À coup de marketing, d'encouragements, de récompenses, de défis. Et il y a ceux qui rushent, qui ont de la misère à joindre les deux bouts parce qu'ils concilient très mal les études (ne l'oubliont pas, ils continuent d'étudier à temps plein pour la majorité) et ce travail qu'on leur avait promis, lors des formations, qu'ils n'auraient pas plus de 15 heures par semaine à y consacrer (erreur! ça c'est seulement pour les estimations...ensuite vient la comptabilité, la gestion d'agenda, les rappels de clients, l'appel de coaching et autres engagements pris par rapport à la compagnie lors de la signature de la convention de franchise). Qu'est-ce qui est fait pour ceux-là? On les talonne jusque dans leurs réseaux sociaux pour qu'ils poussent les estimés, on les fait sentir mal de n'avoir pas rappelé leurs clients, la plupart du temps on se contente de transférer les contrats à des franchisés plus performants (donc moins d'argent pour le looser, qui va devoir quand même payer le même montant de redevances (qui sont, à mon avis, très mal dispatchés! Mais bon ça c'est mon avis)). Je trouve dommage de faire miroiter une si belle opportunité à ces jeunes pour les laisser un peu en plan à partir du moment où c'est apparent qu'ils n'atteindront pas leur objectif parce qu'ils ont pris trop de retard...j'ai dû en manquer des bouts, je suis loin d'être au courant de tout ce qui se passe. Moi j'étais juste la réceptionniste/secrétaire/commis de bureau/adjointe à la directrice/préposée à l'imprimante/téléphoniste... Un agent de liaison en fait, je ne réglais pas grand problème, je transférais et j'aimais mon job. Peut-être que je suis dans le tort d'affirmer tout ça, mais c'est l'impression que ça m'a laissé.
Je travaillais avec une gang de matérialistes superficiels et égocentriques, qui carburaient à la réussite personnelle peu importe si c'était au détriment d'un autre, prêts à jouer du coude à la moindre occasion pour la reconnaissance du grand patron, le président fondateur, un obsédé des chiffres qui finissent en $ sans charisme ni gratitude pour ce qui se trouve de bon dans la nature humaine. Un requin, comme on appelle dans le milieu je crois.
J'ai beaucoup aimé le contrat que j'ai fait à cet endroit, j'ai pu y gagner de l'expérience en ce domaine et même si c'est quelque chose dans lequel je ne ferai pas ma vie, ça fait une belle ligne sur un C.V. parce qu'on s'entend qu'en terme d'emploi étudiant c'est ce qui se fait de plus stimulant. Je suis quelqu'un qui travaille avec le public. Et je ne pensais jamais dire que moi, un jour, j'ai un bureau! Ça fait partie du monde adulte (je me surprend à aimer ça!). Je me sens plus responsable. J'ai gagné en assurance. J'ai appris par une ex-collègue que ma directrice avait été appelé par une compagnie pour laquelle j'avais postulé. Je ne lui en veux aucunement d'avoir mentionné que la ponctualité est mon principal problème. C'est ce qui ressort tout le temps, je travaille fort là dessus mais j'ai encore du chemin à faire...personne n'est parfait! Mais j'ai aussi appris qu'elle avait raconté à quel point je m'étais très rapidement adaptée et intégrée à l'environnement du bureau, que j'aimais mon job et que j'étais la secrétaire qui, depuis les 5-6 qu'elle a connu, avait le plus de passion pour ce qu'elle faisait et qu'elle n'en avait jamais vu apprendre aussi vite les noms de chaque franchisés, de quelle compagnie et quel territoires ils couvraient! Ça m'a flatté, au moins elle me reconnaissait des qualités.
Bref, je ressors un peu amère de tout ça, j'aurais aimé que ça se finisse d'une autre façon. Mais je repars avec mon bagage d'expérience un peu plus rempli sous le bras, prête à relever de nouveaux défis! Ma vie m'appartient, je sais que je peux défoncer tout ce qui se dresse devant moi. Les obstacles ne me font pas peur. S'il n'y en avait pas, je serais méfiante! Et paresseuse. Mais incapable de rester en place, je fonce, je cherche, je vais trouver ce qui sied à ce que JE veux, je reste confiante :)

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